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Les voix du Digital Learning · Saison 9

Simon

L'impact cognitif de l'IA générative

📍Description générale de l'épisode

Simon Brazey, docteur en psychologie cognitive, explique ce que l'IA générative fait vraiment à l'apprentissage : quand elle aide le cerveau à apprendre, et quand elle l'en empêche.

Premier épisode des voix du Digital Learning de la saison 9. Simon a consacré sa thèse au rôle des émotions dans l'apprentissage multimédia et accompagne aujourd'hui formateurs et entreprises pour adapter leurs pratiques au fonctionnement du cerveau. Pour rejoindre le baobab, il a choisi un animal un peu particulier : l'humain, pour rappeler que nous restons des animaux, avec des limites héritées de l'évolution, et que nous ne sommes pas câblés pour discuter avec un agent IA.

Point de départ : un étudiant d'Olivier qui fait synthétiser tous ses cours par Claude Code. Est-ce qu'il apprend ? À partir de là, Simon, Clément et Olivier parlent manipulation de l'information, effet de test, feedback, chatbots de cours disponibles 24 h sur 24, plaisir d'apprendre et inégalités face à l'IA. Avec une idée centrale : pour apprendre, l'IA ne doit pas faire gagner du temps, elle doit aider à mieux passer ce temps.

🎓Détail des concepts pédagogiques énoncés dans l'épisode

  • Manipuler l'information pour apprendre : ce que le cerveau n'a pas traité, il ne le mémorise pas. Demander à une IA de faire une synthèse ou de prendre des notes à sa place, c'est une perte nette pour l'apprentissage. Relire la synthèse pour la valider fait travailler l'esprit critique, pas la mémorisation.
  • L'effet de test : on apprend mieux en allant récupérer soi-même l'information en mémoire qu'en relisant. Reformuler un texte est une forme de test, relire ce qu'a produit l'IA n'en est pas une. C'est la différence entre ce qu'on a étudié et testé plusieurs fois à l'université et ce qu'on a simplement lu dans un livre.
  • Émotions positives et apprentissage : le plaisir aide à apprendre à condition qu'il vienne de ce qu'on apprend. Être satisfait de voir le contenu s'écrire tout seul, c'est la joie d'un nouveau jouet, comme un serious game amusant mais trop éloigné du contenu visé. Une première expérience positive peut toutefois servir de porte d'entrée dans un sujet.
  • Le formateur, utile parce qu'il n'est pas toujours là : un chatbot de cours disponible 24 h sur 24 pose deux problèmes. L'IA ne se base pas que sur le cours qu'on lui donne, et ses erreurs sont difficiles à repérer parce que son raisonnement reste logique. Surtout, ce qui est disponible tout le temps n'est jamais prioritaire, comme les catalogues de formation à distance que personne n'ouvre. Il faut sacraliser du temps pour apprendre.
  • Passer plus de temps, pas moins : pour l'apprentissage, l'IA n'est pas un outil qui fait gagner du temps mais un outil qui aide à mieux l'employer : se poser les bonnes questions, trouver des sources de qualité, se fabriquer des tests. Côté productivité, choisir ce qu'on automatise, car une tâche automatisée est une compétence qu'on n'acquiert pas. Simon traduit ses lectures avec l'IA et sait que son anglais n'y gagnera rien ; lui faire pointer ses erreurs dans un texte qu'il corrige lui-même, en revanche, le ferait progresser.
  • L'IA ne rend pas stupide, elle creuse les écarts : quelqu'un qui fait toujours rédiger ses mails par une IA n'est pas devenu stupide, il n'a jamais appris à les écrire. Le vrai risque est l'inégalité entre état d'esprit dynamique (l'intelligence progresse avec ce qu'on fait) et état d'esprit fixe (elle est innée). Les premiers utilisent l'IA pour approfondir, les seconds pour tout déléguer. S'y ajoutent les écarts d'origine sociale et d'accès aux abonnements payants.

💡Éléments annexes (prix, fonctionnalités, langue, etc.)

L'usage de l'IA par Simon : traduction d'articles scientifiques lus en anglais (il lit le début en français, puis la version originale si l'article l'intéresse), correction orthographique, recherche de sources sur des sujets pointus, et discussions d'approfondissement, comme un long échange avec ChatGPT sur l'épigénétique, qui a surtout été utile quand il lui a demandé des articles. Il évite de générer des vidéos pour des raisons écologiques.

Sa position sur les outils : Simon n'a pas encore vu d'usage révolutionnaire de l'IA en formation. Plutôt que d'ajouter de l'IA pour ajouter de l'IA, il conseille de partir de ce qu'on n'arrive pas à faire aujourd'hui, l'évaluation par exemple, et de se demander si l'IA peut y répondre. Clément parle du syndrome du bouton magique qui dépossède l'expert de son expertise. Simon rappelle enfin que la recherche sur l'IA et l'apprentissage commence tout juste à se structurer, et que les formations à l'IA déployées dans l'Éducation nationale devraient être conçues par des personnes qui connaissent les mécanismes de l'apprentissage.

Les deux livres conseillés par Simon : Apprendre ! de Stanislas Dehaene (chaire de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France), qui résume ce que l'on sait avec le plus de certitude sur l'apprentissage, et Activer ses neurones de Steve Masson, plus large, qui se lit très bien quand on est formateur ou enseignant.

Simon reviendra au micro pour parler de sa thèse sur les émotions dans l'apprentissage.

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