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Édition spéciale · Autour de la formation…

Le cycle de vie d'une formation digitale - Laurent Dedieu & David Ekchajzer

· Saison 4

🎙️ Invités

Laurent Dedieu est directeur du développement chez My Green Training Box et ingénieur pédagogique digital depuis plus de 20 ans. Il a choisi l'éléphant comme animal totem : l'image de vieil animal sage ("je ne suis pas encore super sage mais en tout cas de plus en plus un vieil animal"). David Ekchajzer est co-fondateur de Hubblo, société qui fait de la comptabilité environnementale dans le milieu du numérique depuis 2 ans. Il a choisi le panda roux : à l'inverse de son comparse, jeune et un peu tout fou. Tous deux mènent ensemble le projet GIVE financé par Erasmus depuis 2 ans.

📍 Description générale du podcast

Enregistrée lors du Learning Show à Rennes, cette interview présente le projet GIVE (qui se termine), un projet collaboratif financé par Erasmus visant à analyser les impacts de la formation numérique sur l'environnement. Réalisations : une étude (livre blanc d'une centaine de pages), une formation numérique d'introduction au numérique responsable pour les acteurs de l'éducation (en accès libre), et des ateliers de réflexion sur le cycle de vie d'une formation numérique.

L'Analyse de Cycle de Vie (ACV) : méthode qui prend en compte la matérialité environnementale d'un service ou produit. Contrairement au bilan carbone (monocritère), l'ACV prend en compte plusieurs critères d'impact : carbone, utilisation de métaux (très important dans le numérique), utilisation d'eau, impacts sociaux. Elle couvre tout le cycle de vie : pas que l'usage/l'énergie, mais aussi fabrication, développement, fin de vie. Dans le numérique, la phase d'utilisation est une part plutôt faible comparée à la fabrication et fin de vie des équipements.

L'ACV se démocratise (automobile, puis formation). Les entreprises d'une certaine taille doivent faire un bilan carbone (ACV monocritère sur le carbone). Dans le numérique, les opérateurs réseaux ont l'obligation depuis un an et demi de fournir sur leur facture les impacts des usages du réseau.

Formation numérique ≠ que distanciel : ça inclut le présentiel qui utilise des outils numériques (présentiel augmenté avec Wooclap, plateformes LMS). L'étude s'est basée sur plusieurs scénarii : formation 100% présentiel, formation blended, séance d'auto-formation (100% e-learning sur LMS sans temps synchrone). L'objectif n'était pas de comparer "présentiel vs numérique" pour dire lequel est mieux, mais de réfléchir à l'impact global et comment faire mieux.

Unité fonctionnelle : comment on décrit la fonction du service étudié. Ici : une heure de formation. Mais on aurait pu choisir "quantité d'apprentissage", et dans ce cas peut-être que le présentiel aurait été meilleur pour certaines formations. La méthode ne dit pas de manière absolue ce qui est mieux, elle dit dans un contexte donné ce qui est mieux. L'ACV est un cadre, on y met ce qu'on veut, c'est pour ça que les chiffres doivent être pris avec des grosses pincettes.

Ordres de grandeur (attention au cadre !) : Classe en distanciel (visioconférence) avec 59 participants + 1 animateur au Portugal (mix électrique portugais) avec smartphones/tablettes/ordinateurs = équivalent 100 km en voiture. Le même impact (100 km) peut décrire une formation de 10 personnes en présentiel en France, mais avec des tablettes renouvelées tous les ans (mode d'utilisation non responsable). D'un côté moins d'énergie carbonée (France), de l'autre plus de transport et renouvellement irresponsable.

Le plus impactant en présentiel : le transport, et de loin. Le numérique impacte mais dans une moindre mesure. En distanciel : surconsommation d'énergie au domicile (chauffage, climatisation). Cette surconsommation dépend du pays (mix électrique portugais vs pompes à chaleur suédoises). L'ACV prend en compte tout l'environnement (chauffage à 18°C pour apprendre), mais pas tout non plus (phase de développement des plateformes pas prise en compte, par exemple).

3 trucs et astuces : 1) Diminuer le poids des vidéos : Laurent a réduit la taille de 150 Mo à 40 Mo en moyenne en changeant les pratiques (pas de 4K, low fidelity qui passe très bien sur écran/téléphone). Sur 1000 vidéos annuelles, c'est énorme. Il faut éduquer les clients (fini les tracteurs dans les champs au coucher du soleil). 2) Objectifs globaux UE : réduire les transports (covoiturage, modes bas carbone, location/prêt de vélos), isolation des bâtiments/logements, et surtout augmenter la durée de vie des équipements numériques (ne pas distribuer à tout le monde, ne pas acheter des centaines de tablettes/casques VR qui restent dans une armoire, mutualiser, bourses d'échange d'ordinateurs entre services, ne pas renouveler systématiquement tous les 5 ans). 3) Utiliser ce qui existe, réutiliser : ressources en accès libre (YouTube peut substituer la vidéo avec moins de poids), regarder ce qu'on a en magasin avant de créer, ne garder que les dernières versions (pas les V1 V2 V3 V4 sur les serveurs - Qualiopi ne l'exige pas).

Objectif futur : développer un outil (pas que pour eux, pour tout le monde) où un formateur pourrait entrer sa formation (présentiel + autres modalités) et calculer les impacts. Le podcast est un super outil qui peut souvent se substituer à la vidéo avec beaucoup moins de poids et d'impact.

Le message central : remettre l'église au centre du village pour les pédagogues. La low-tech c'est bien, il en faut, mais il faut aussi que l'ingénieur pédagogique aille vers l'atteinte d'objectif pédagogique avec ses apprenants. L'impact formation (choisir la vidéo ou pas) est petit par rapport à "j'ai pris ma voiture pour venir" où là on explose le quota CO2.