Édition spéciale · Autour de la formation…
La facilitation graphique au service de la pédagogie - Bruno Galland
🎙️ Invité
Bruno Galland est facilitateur graphique et formateur, spécialisé dans l'utilisation du visuel pour animer et enrichir les formations. Fort d'un parcours initial dans le management, il s'est spécialisé dans la pédagogie et le développement des compétences depuis plus de 15 ans. Il accompagne aujourd'hui une communauté de 70 formateurs et est reconnu pour son expertise en innovations pédagogiques. Bruno a choisi le caméléon comme animal totem, symbole à la fois des couleurs qu'il affectionne (il possède un "sac magique" rempli de feutres de toutes les couleurs) et de sa capacité d'adaptation, qualité essentielle en formation et en facilitation graphique. Tombé dans la facilitation graphique il y a 4 ans, il en a fait sa signature professionnelle : aujourd'hui, les gens le connaissent davantage comme facilitateur graphique que comme pédagogue. Sa philosophie : la facilitation graphique n'est pas un don inné mais une compétence qui s'apprend, accessible à tous, même à ceux qui pensent ne pas savoir dessiner.
📍 Description générale du podcast
Enregistrée lors du Learning Show à Rennes, cette interview démystifie la facilitation graphique et montre comment elle peut devenir un outil puissant pour tout formateur, même sans talent artistique. Bruno animait un atelier sur le storytelling visuel où les participants sont repartis avec une certitude : "Wahou, c'est possible ! Je vais pouvoir mettre un peu plus de visuel dans ma vie de formateur".
La première révélation de cet échange : pas besoin d'être Picasso pour faire de la facilitation graphique. Bruno utilise une analogie brillante : "Est-ce que tu sais écrire comme Victor Hugo ? Non. Est-ce que ça t'empêche d'écrire des mails ou des comptes-rendus ? Non. Et ben c'est pareil pour le dessin". La facilitation graphique n'est pas de l'art, c'est de la communication. On ne demande pas de faire un tableau, on demande de faciliter la compréhension.
Bruno distingue plusieurs pratiques au sein de la "boîte à outils" qu'est la facilitation graphique : le sketchnoting (prise de notes visuelles pour soi), le scribing (prise de notes visuelles pour un groupe, un vrai métier), et l'utilisation de visuels en formation (synthèses illustrées, explications par le dessin, décoration de salle). Il explique que le dessin ne représente que 20% d'une planche : le texte reste majoritaire, et on peut commencer à faire de la facilitation graphique presque sans dessiner, simplement en repositionnant sa manière d'écrire (petits paquets de texte entourés, colorés, reliés par des flèches).
Pourquoi le visuel est-il plus efficace ? Bruno révèle trois raisons essentielles. D'abord, le dessin agit comme un aimant et capte l'attention (premier impératif du formateur). Ensuite, il clarifie le propos ("Ah ça y est, je vois !" vs "C'est un malentendu" - le verbe "voir" pour la compréhension, le canal auditif pour l'incompréhension). Enfin, il favorise la mémorisation : la mémoire visuelle est puissante, revoir un picto fait resurgir tout ce qui a été dit à ce moment-là.
Pour commencer en facilitation graphique, Bruno recommande la simplicité : oublier l'arc-en-ciel de 50 feutres et se concentrer sur un feutre noir avec deux ou trois épaisseurs maximum (grosse pour les titres, standard pour le contenu, fine pour les infos additionnelles). Peu de couleurs pour éviter la dispersion cognitive : utiliser la couleur comme "grammaire graphique" (trois points en vert = connectés, trois points en rouge = problème). La facilitation graphique est comme une langue : alphabet visuel (ronds, carrés, triangles) → vocabulaire visuel (pictos) → grammaire graphique (couleurs, épaisseurs pour créer des niveaux de lecture).
Pour trouver l'inspiration, Bruno suggère Pinterest et le dictionnaire graphique Bikablo. L'avantage : des clés rapides pour démarrer. L'inconvénient : risque de ressembler au voisin. Mais la bonne nouvelle : le style personnel vient naturellement, exactement comme l'écriture manuscrite (on copie la maîtresse à l'école, puis on développe sa propre écriture).
Sur le papier vs numérique : en présentiel, Bruno privilégie le papier pour créer une "parenthèse déconnectée", sortir des écrans et capitaliser sur le pouvoir d'attraction du visuel. À distance, l'iPad projeté sur Meet est très pratique. Pour les productions clients avec retouches (livres, sketchnotes livrables), le numérique est indispensable pour redimensionner, modifier, changer les couleurs sans refaire V2, V3, V4...
Concernant l'intelligence artificielle, Bruno ne voit aucune concurrence mais plutôt des outils d'aide. L'IA peut booster la créativité (demander à ChatGPT comment représenter visuellement un concept), mais la facilitation visuelle excelle dans la capacité à dégainer un picto rapidement. Prompter Midjourney jusqu'à obtenir l'image exacte prend trop de temps : ce sont deux marchés différents. Bruno reste caméléon : prêt à s'adapter si nécessaire, mais convaincu que la force de la facilitation graphique réside dans sa rapidité et sa capacité à communiquer simplement.
Le message final : ne pas avoir de don artistique est une très bonne nouvelle. Les gens qui dessinent très bien ont tendance à vouloir faire de beaux dessins qui prennent trop de temps et ne servent pas le propos. Pour faciliter, soyons simples. La facilitation graphique, c'est faciliter la compréhension, pas impressionner avec de l'art.